XV de France : Voilà Mazars et Porical, revoilà Fritz et Papé, des changements justifiés

Posté le 22.06.2010 dans Analyses par Ludovic Ninet / Lu 446 fois


Depuis la blessure de Wenceslas Lauret, on savait, quoi qu’il arrive, que Picamoles entrerait (en huit) dans le quinze de départ pour affronter l’Argentine samedi à Buenos Aires. On voyait bien aussi l’intenable Julien Malzieu prendre la place de son capitaine clermontois, Aurélien Rougerie, à l’aile gauche, voire Barcella remplacer Domingo, sur les rotules. En revanche, les titularisations de Lionel Mazars, Jérôme Porical, Florian Fritz et Pascal Papé, elles, peuvent surprendre sur le coup. Quelques données nous montrent qu’elles ne sont pas le fait du hasard.

La paire de centres Mermoz-Marty, alignée pour ses automatismes, déçut tant au Cap que la voilà au frigo. On pouvait s’y attendre. Mazars et Fritz prennent donc le relais, Fritz, déjà « utilisé » par Lièvremont (5 fois en 2009), on le comprend. Mais Mazars. Il y eut avant lui, uniquement cette saison, David, Jauzion, Bastareaud et les deux Catalans susnommés et mis au repos. N’eût-il pas mieux valu relancer Maxime Mermoz, dont le staff pense (pensait ?) tant de bien ?

Intéressons-nous à Lionel Mazars, qui a déjà goûté le maillot bleu, le vrai, celui qui attribue une cape, avant le match du week-end dernier contre Argentine A. C’était dans une autre vie, en juin 2007, quand, depuis Narbonne où il évoluait encore, il avait rallié cette improbable tournée française en Nouvelle-Zélande, une tournée sans queue ni tête, la dernière de l’ère Laporte, sans les demi-finalistes du Top 14, qui se solda, à trois mois de la Coupe du monde, par la plus grosse défaite de l’histoire du rugby français : 61-10, à Wellington. Le match que joua Mazars. Il avait 23 ans moins trois semaines. Il quittait le RCNM pour le Castres Olympique où il ne percera pas, avant de rejoindre l’Aviron Bayonnais.

On l’a donc revu en bleu la semaine dernière contre Argentine A (heureux appelé de dernière minute suite à une petite cascade de forfaits), plutôt à son avantage, buste droit, ballon porté à deux mains, rappelant celui qui lui fut associé ce soir-là et lui sera associé samedi prochain : Florian Fritz. Mazars est un des premiers centres qui parcourent le plus de mètres par match en Top 14 (26 en moyenne selon Opta), efficace au plaquage (91%), « franchisseur » quand il le faut (11 fois en 18 matches). Formé à l’école de jeu du Stade Toulousain, il sera le bon complément, comme aurait pu l’être un Mermoz en meilleure forme, de Fritz, dont nous pensons depuis longtemps qu’il peut être un incontournable du quinze de France (lire Florian Fritz l’oublié). Fritz : 28 mètres gagnés par match en Top 14, 30 défenseurs battus au moment du plaquage et surtout un sens du décalage dont il a fait preuve une fois encore à La Plata pour envoyer Porical à l’essai.

Porical, tiens. La première sélection du jeune Catalan est-elle une surprise ? Le fait qu’il n’ait pas été intégré plus tôt, lors du Tournoi par exemple, en était une (lire Jérôme Porical, la flèche catalane est mûre, certaines de ses capacités, de vitesse notamment, y sont détaillées). Les propos d’Emile Ntamack, le week-end dernier après le match contre Argentine A laissait penser que sa chance lui serait donnée. La voilà qui permet à Poitrenaud de souffler, à lui et au staff de tester grandeur nature sa capacité à jouer sérieusement les doublures. A prendre un jour, qui sait, le poste à part entière ?

Parlons enfin de Pascal Papé, titulaire en début de Tournoi (25 sélections depuis 2004). La tournée 2007 évoquée plus haut, celle qui lança aussi la carrière d’homme sandwich de Sébastien Chabal et permit à Julien Pierre (ou Fulgence Ouedraogo) de connaître ses premières sélections, joua également un rôle dans la carrière de Papé. En l’absence des leaders retenus en Top 14, il en était le capitaine et Laporte le sacrifia après le naufrage. Papé, depuis, enchaîne les retours prometteurs et souvent réussis et les pépins physiques, mais chaque fois qu’il reparaît, en bleu notamment, c’est pour du bon : Papé est un grand sauteur en touche (60 prises dont 8 « vols » en 14 matches de Top 14) et un joueur de ballon plus qu’intéressant, puissant (30 mètres gagnés en 8 courses et 1 franchissement en deux matches du Tournoi).

Un mot sur les constantes : il est bon de voir François Trinh-Duc maintenu coûte que coûte à l’ouverture. Lièvremont, Ntamack et les autres ont décidé, certainement à raison, de lui faire confiance, de le maintenir à ce poste si stratégique pour lui faire gagner la maturité et l’expérience nécessaire en vue de la Coupe du monde 2011 et vraisemblablement de la suivante. C’est peut-être la première fois dans l’histoire des ouvreurs du quinze de France que l’on assiste à une telle continuité (lire sur le sujet Dix de der ou de chute et l’interview de Pierre Villepreux).

L’équipe pour affronter l’Argentine samedi à Buenos Aires :

Porical – Clerc, Fritz, Mazars, Malzieu – (o) Trinh-Duc, (m) Parra – Bonnaire, Picamoles, Dusautoir (cap.) – Nallet, Papé – Mas, Szarzewski, Barcella.

Remplaçants : Guirado, Poux, Pierre, Lamboley, Yachvili, Skrela, Rougerie.

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Commentaires ( 6 )

Je suis d’accord avec cette équipe, mis à part que j’aurais préféré que Skrela soit titulaire en 10. Pas pour remettre en cause Trinh-Duc forcément, mais surtout pour tester les solutions de secours en cas de blessure ou de méforme du montpelliérain. Il ne faudrait pas tomber d’un excès à l’autre: on change tout le temps au moindre pet de travers, on changer jamais même en cas de tempête.
Selon moi, Trinh-Duc est le meilleur prospect parmi Beauxis, Wisniewski, etc. Mais je ne pense pas qu’il soit supérieur tant que ça à Skrela, Traille ou Estebañez. Perso, j’aime beaucoup les deux derniers.

charles a laissé un commentaire le 22 juin 2010 à 19:41 - Signaler un contenu inapproprié -

Le staff s’est tiré une balle dans le pied en ne sélectionnant pas (sur ordre de la FFR) Estebanez. Skrela a prouvé par le passé qu’il n’était qu’une doublure au plus haut niveau.

Ludovic Ninet a laissé un commentaire le 23 juin 2010 à 08:00 - Signaler un contenu inapproprié -

Très bel article. Qu’il est bon de voir que le staff de l’EdF ne met pas toutes ses billes dans le même panier et fait tourner idéalement ses joueurs afin de leur donner du temps de jeu et surtout de conforter les automatismes en conditions de match.

marco a laissé un commentaire le 23 juin 2010 à 12:11 - Signaler un contenu inapproprié -

Rougerie étant rentré pour la naissance de son enfant, Poitrenaud entre dans les 22.

Ludovic Ninet a laissé un commentaire le 24 juin 2010 à 10:04 - Signaler un contenu inapproprié -

Et maintenant, toujours sur le banc, c’est Mermoz qui remplace Skrela.

Ludovic Ninet a laissé un commentaire le 24 juin 2010 à 16:45 - Signaler un contenu inapproprié -

Avec ce forfait, Skrela n’aura finalement joué que 10 minutes face aux Boks et un match pour du beurre face aux Pumas B. Je ne pense pas qu’il aura gagné beaucoup de crédit avec tout ça… D’ailleurs face aux Pumas B, il ne m’a pas impressionné tant que ça. Il a été efficace et sobre, mais sans génie. Pourtant il est dit “dans une grande forme”. Ben, malgré tout, c’est toujours des chandelles, des chandelles, et un jeu sans imagination. Je préfère Trinh-Duc, Michalak et Estebañez, ainsi que Traille.

Pour ce match, j’attends bcp de la paire de centres, très alléchante sur le papier, Mazars-Fritz. Fritz on le connaît, mais Mazars joue drôlement bien, tjs la tête droite, l’allure altière, des courses droites efficaces. Bref, un centre un peu à l’ancienne.
J’attends aussi de voir ce que vaut Porical au très haut niveau.

charles a laissé un commentaire le 25 juin 2010 à 20:12 - Signaler un contenu inapproprié -