XV de France : Deux baffes… qui ne changeront rien
Posté le 28.06.2010 dans Analyses par Ludovic Ninet / Lu 725 fois83 points encaissés en deux tests (30 inscrits), deux records de défaite à la clé*, Marc Lièvremont, son staff et leurs Bleus sont repartis d’Afrique du Sud (42-17) et d’Argentine (41-13) les poches (sous les yeux) bien pleines. Ils ont le sommeil lourd depuis deux jours. « C’est un cauchemar, déclarait d’ailleurs le sélectionneur au soir de la défaite à Buenos Aires, un champ de ruines ». Ce sont surtout deux baffes qui replacent le rugby français face à ses contradictions, Lièvremont et ses adjoints en reconnaissent eux-mêmes un certain nombre. Qui posent, au fond, toujours les mêmes questions.
Cette tournée, compte tenu de la saison écoulée, de l’état de forme très hétérogène des joueurs et de l’absence de certains cadres** (si elle n’apparaissait pas évidente avant la tournée, désormais elle l’est) s’annonçait avant même le départ comme une entreprise presque sans espoir (cf. Que diable allaient-ils faire dans cette galère ?). On ne s’attendait pourtant pas à tel fiasco. Fiasco pour cette tournée et pour le rugby professionnel français dans son ensemble, incapable de préparer durablement ses internationaux au plus haut niveau, Grand Chelem ou pas, exploit (isolé) ou pas (victoire en Nouvelle-Zélande en juin 2009, contre les Springboks en novembre 2009). Morceaux choisis des déclarations du staff des Bleus, piochés dans L’Equipe de ce lundi :
Marc Lièvremont : « Même pendant le Tournoi on n’a pas été dithyrambiques sur la mise en place de ce rugby ambitieux, exigeant, contraignant. On a un gros souci de qualité technique, d’engagement, de remplacement, accentué par le manque de physique. Sauf que l’on a su masquer les dégâts pendant le Tournoi (…) en étant solidaires. »
Marc Lièvremont : « On a été champions d’Europe en passant sur le corps de nos adversaires devant, essentiellement. Mais pas sur la mise en place d’un rugby ambitieux et collectif. »
Emile Ntamack : « Nos joueurs vont se reposer, repartir sur un Top 14 et une H Cup d’un bon niveau puis ils seront à nouveau surpris quand ils retrouveront les Australiens, les Fidjiens et les Argentins en novembre. Ceux qui ont eu la chance d’être là doivent réaliser que tout grand joueur qu’ils sont dans le Top 14, à un niveau au-dessus, ce sont des joueurs lambda et même bien moins. »
Didier Retière : « En France, on a tendance à jouer un rugby pour ne pas perdre plutôt que pour gagner. C’est vrai des catégories mini-poussin au Top 14. »
Les questions que l’on peut/doit se poser :
- Puisqu’un Tournoi ou une tournée de trois semaines (qu’ont-ils fait pendant ces trois semaines ???) ne suffisent pas à mettre en place un système de jeu ambitieux, le staff ne devrait-il pas se déjuger et se tourner vers un rugby plus pragmatique réellement efficace puisqu’il ne serait plus improvisé ?
- Quand le rugby français décidera-t-il enfin de donner à son équipe nationale un cadre qui lui permettra de s’inscrire dans la durée, la constance, l’ambition ?
- Le rugby à deux têtes (fédération vs. clubs pros) est-il simplement capable de se structurer de manière à contenter ses deux têtes justement, les clubs pros et la sélection ?
- Dans ces conditions, verra-t-on un jour une équipe de France championne du monde ?
Il faudrait un homme fort, très fort pour réussir à fondre deux systèmes en un, au moins à unir deux systèmes aux intérêts aujourd’hui divergents enfin dirigés vers un seul et même objectif, la performance sur le long terme, donc la construction, la formation, la réflexion pour une équipe nationale forte et des clubs forts eux aussi.
A moins que la France et l’Angleterre, encore placées mais plus jamais premières, ne finissent par se contenter d’exploits isolés et d’accessits et ne deviennent des cimetières d’éléphants, accueillant dans leur riche rugby des clubs les grands joueurs des autres nations, celles qui brillent au niveau international…
Les stats Opta du match Argentine – France
Peu de choses à relever de ce triste match si ce n’est la faible possession de balle française (37%) et dans le même temps le peu de plaquages tentés (82) et réussis (85%). Notons tout de même les 13 plaquages de Dusautoir (100%) et de Barcella (93%).
*Record contre l’Afrique du Sud : plus gros score (42) et plus gros écart de points (+25) infligés aux Français par les Springboks sur le sol sud-africain (2e en comptant les autres terrains d’opposition)
Record contre l’Argentine : plus gros score (41) et plus gros écarts de points (+28) infligés aux Français par les Pumas dans l’histoire des confrontations France – Argentine
**Cadres laissés au repos : Jauzion, Harinordoquy, Servat, Traille
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Commentaires ( 1 Comment )
ChatNoir a laissé un commentaire le 28 juin 2010 à 13:41 - Signaler un contenu inapproprié -J’ai raté le match mais apparemment mon oubli m’a épargné ce triste spectacle.
Je vois mal comment, à une grosse année de la Coupe du Monde, on peut espérer un quelconque changement aux sommets du rugby français. Si près du début du début du Top14, à un an de la Coupe du Monde, tout le monde va être le nez dans le guidon. Jusqu’à ce que nous nous heurtions au mur des nations du Sud. :-/
Je crains que seule une grosse contre performance en 2011 ne puisse faire bouger les choses (comme pour le foot, même si rien n’y est encore fait).
Mais même dans ce cas, j’ai peur que le court terme et les intérêts particuliers (des clubs et de la ligue) soit un frein sérieux.Quant à trouver un ‘patron’ fort pour le rugby français pouvant rassembler tout ce petit monde et faire avancer les choses … C’est certainement la solution, mais j’ai bien du mal à voir qui pourrait rassembler tout le monde dans un tel projet. Là, seul un ‘electrochoc post 2011′ pourrait, selon moi, ouvrir la porte à un ’sauveur’ du rugby français.
Enfin, je supporterais bien entendu les bleus en 2011, dans le tournoi et lors de la Coupe du Monde, mais sans grande illusion.En attendant vos commentaires à coup sûr pertinents.








