L’humeur de Jean-Pierre Elissalde : Comment, via la formation, retisser le lien entre monde amateur et monde professionnel
Posté le 18.06.2010 dans L'humeur de Jean-Pierre Elissalde par JPE / Lu 852 foisL’idée que je vous soumets n’est qu’une idée, pas encore un projet. Elle se nourrit de constatations, d’analyses et de réflexions qui font suite à mon expérience dans le rugby pro et à mes interventions avec les Juniors Reichel B de Nafarroa, club de Fédérale 2. Avec cette équipe, nous avons d’ailleurs rencontré au cours de notre championnat le futur Champion de la catégorie, Lapurdi (Saint-Jean-de-Luz et ses environs), le finaliste, Mauléon, et un troisième demi-finaliste de l’épreuve, l’entente Anglet-AS Bayonnaise, c’est dire la richesse rugbystique du Pays Basque.
La formation telle qu’elle est proposée aujourd’hui dans nos clubs professionnels est trop limitée par :
1/ Le manque d’appétence de nos jeunes joueurs pratiquant dans les clubs amateurs, l’absence de projet personnel et surtout d’envie de rejoindre un club pro un jour.
2/ La non adhésion au projet de leurs dirigeants (clubs initiateurs) de les mener vers l’Elite et de leur adjoindre un accompagnement sportif local « léger », forcément léger puisqu’ils sont amateurs donc peu disponibles.
3/ Le manque de connaissance et de préparation aux difficultés du « métier » de rugbyman.
4/ Le manque d’ambition(s) de la formation à l’intérieur des clubs professionnels.
5/ Un recrutement trop limité géographiquement et pas assez ciblé, pas assez « travaillé » par manque de collaboration avec les clubs formateurs, notamment. Les dirigeants de ces clubs ne sont pas associés au recrutement de leurs joueurs.
6/ L’absence d’un lieu identifié, réservé et adapté à la formation.
A ces déficits, voici ce que je propose.
1/ Malgré une forte densité de jeunes joueurs au km2, très peu, trop peu s’« envisagent » pro, voire senior compétitif, et ne voient dans le rugby qu’un rendez-vous festif et occupationnel. Leur disponibilité, celle de leurs éducateurs et leur réflexion sur le jeu sont trop limitées. En organisant des camps d’été (présélection), puis pour les joueurs retenus deux rendez-vous par mois (un mercredi et un samedi), puis des mini stages (2 à 3 jours) sur différents sites (Soule, Navarre, la Côte, BAB) en externat à chaque période de vacances scolaires avec, dans l’intervalle, un suivi ciblé (technique, physique cardio et musculaire) dans leurs clubs avec leurs propres éducateurs assistés par des éducateurs professionnels « itinérants », nous pourrions encourager et motiver ces jeunes sans les déstabiliser par un éloignement familial trop précoce, repérer les plus « aptes » physiquement, techniquement et mentalement et ne pas se positionner en PREDATEUR envers les clubs initiateurs, découvreurs, voire inventeurs. Ce fonctionnement à la fois irriguant (apport de compétences pour les clubs amateurs) et drainant (recrutement pour les clubs pros) serait une « classe préparatoire » à l’Académie régionale, qui serait créée par ailleurs (voir plus bas), et éviterait un bon nombre de fausses pistes.
J’insiste sur les camps d’été qui permettraient un fort brassage, sur le rôle des éducateurs professionnels itinérants qui seraient le lien entre toutes les parties prenantes du dispositif et sur le fait que ce fonctionnement offrirait aux clubs amateurs la possibilité de s’approprier le projet. Sur le fait, enfin, que cette organisation susciterait certainement de l’engouement chez les jeunes, donc leur investissement.
2/ Le club formateur, son président et ses éducateurs ne voient en l’univers pro qu’au mieux des marchands de rêves au pire des marchands de viandes… Pour une réussite combien de « disparus » et pour quelle reconnaissance ? Faire adhérer les dirigeants de tous les clubs basques, aider et accompagner les éducateurs autour de mots forts tels que identité, respect, reconnaissance est indispensable et incontournable. L’identité basque bien sûr, le respect de notre environnement, des clubs, des jeunes, de leurs parents, reconnaissance enfin puisque nous leur apporterions nos connaissances, notre disponibilité et la mise à disposition des hommes et des structures.
3/ La fréquence des entraînements dans le monde amateur est au plus de deux par semaine (plus souvent un), le contenu se résume par manque de disponibilité des éducateurs bénévoles et des enfants à une mise en place (collectif) et une préparation physique « survolée ». Dans le même temps, les futurs pros en centre de formation multiplient par 5 les heures de travail… Le changement de statut est trop important et la différence de niveau est irrattrapable. De plus, chez les amateurs, l’accoutumance à l’effort et la méthodologie de travail (stratégie collective, objectifs individuels) est quasi inexistante. Le seul tronc commun entre les uns (amateurs) et les autres (clubs pros) est finalement le match du dimanche où chacun « s’y file » sans ménagement. La mise ne place de cette préformation permettrait de limiter considérément le fossé entre les « besoins » futurs et les « apports » actuels de chacun.
4/ Les « grandes écoles » ont les meilleurs formateurs. Attention, la disponibilité et la bonne volonté des formateurs du monde amateur n’est surtout pas à remettre en cause. Mais les connaissances sur les attentes du jeu, sur l’aguerrissement indispensable au haut niveau, les outils mis à disposition (technique individuelle, spécifique par poste) sont autant d’incontournables à l’éventuelle réussite dont disposent les éducateurs pros. Le recrutement de ces futurs enseignants sera la pierre de l’édifice. Il sera fera selon deux incontournables : leur expérience de l’enseignement et du monde pro et leur identité, basque donc.
5/ Les meilleurs des jeunes « préformés » seraient alors intégrés, ensuite, à l’Académie de rugby basque, à partir du niveau Junior et pas avant, pour suivre la formation à temps plein du futur joueur professionnel dans un lieu dédié, financé par les clubs pros, géré par la Fédération Française de Rugby via son Comité régional. Cette parité public-privé est pour moi indispensable pour assurer un développement centré sur le joueur et sur l’humain. Les pros contribueraient donc au financement de cette Académie par un prélèvement de 3 à 5% de leurs budgets annuels, les instances fédérales, elles, via la DTN (en relation avec le secteur pro), fourniraient les éducateurs et les plans de formation.
Si un « quota » de joueurs basques est indispensable, le recrutement devrait également s’ouvrir aux zones encore désertées par le professionnalisme, ainsi qu’au monde et notamment, pourquoi pas, à la diaspora basque en Argentine et en Uruguay.
Je redis que ceci est une idée et pas encore un projet, mais c’est, je le crois, une possibilité de développement de notre formation pour retrouver chez nous en pays basque – mais c’est applicable partout en France – l’identité de nos rugby, favoriser l’éclosion de talents et de vocations et recréer le lien qui disparaît actuellement entre les mondes amateur et professionnel. Je glisse aussi que cette formation finirait par entrainer une modification du dispositif JIFF – il favorise encore les plus riches qui s’achètent qui ils veulent – en y ajoutant la notion de formation locale.
Jean-Pierre Elissalde
Lire la chronique précédente : Un pays, deux mondes… un univers (im)pitoyable
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