L’Argentine détonateur du rugby mondial
Posté le 21.06.2010 dans Analyses, Débats par Ludovic Ninet / Lu 302 foisSe viander deux fois chez soi contre l’Ecosse alors que, sous peu, on intégrera le Tri-Nations fait mauvais genre. Les Pumas vont donc certainement faire appel aux souvenirs des dernières confrontations sur leur sol face aux Bleus, qui n’ont plus gagné en Argentine depuis 1998, pour se préparer à jouer la France, samedi. Leurs trois victoires successives (1 en 2002, 2 en 2003*), comme le succès un an plus tard à Marseille, annonçaient la période la plus faste du rugby argentin qui les mena à la troisième place de la Coupe du monde 2007 et, par conséquent, à leur intégration au Tri-Nations. Ils s’y lanceront en 2012 pour entamer le plus grand écart de l’histoire du rugby.
Le rugby argentin s’est construit en étroite relation avec l’Europe, la France notamment. Ce fut d’ailleurs un sacré pied de nez de voir ces Pumas, salariés, entrainés, améliorés dans « nos » clubs européens se payer la France (deux fois), l’Irlande et l’Ecosse lors du Mondial 2007 ou battre l’Angleterre dans son Twickenham un an plus tôt. Il y avait quelque chose de l’ordre de l’arroseur (autant arroseur que pilleur sur le coup) arrosé. Le rugby professionnel européen puisait et puise encore sans limite dans le réservoir argentin pour constituer ses effectifs (jusqu’à l’équipe nationale d’Italie), on imaginait donc que la reconnaissance inévitable que le rugby international devait accorder aux Pumas leur ouvrirait la porte du Tournoi des Six devenues Sept Nations.
Non, les Pumas argentins intégreront en 2012 le Tri-Nations, compétition regroupant jusqu’alors les trois grandes nations « sudistes », Nouvelle-Zélande, Australie et Afrique du Sud. Tant mieux. Ou plutôt tant pis. Tant pis, oui, pour tout ces internationaux argentins qui débarqueront la langue pendante fin juin en sélection après dix mois de compétition en Europe pour jouer l’épreuve certainement la plus difficile de la planète. Tu parles d’une épreuve. A voir les résultats des tournées de juin, peut-on un instant les imaginer compétitifs face aux athlètes survitaminés de l’hémisphère Sud ? Et quand souffleront-ils ? Puisque, le dernier match à peine terminé, ils rembarqueront aussi sec pour l’Europe où les attendront leurs employeurs à l’année, heureusement tenus légalement de leur octroyer trois semaines de congés avant de les réaligner.
La situation sera vite intenable. Et ce ne sont pas les 7,5 millions d’euros de subvention accordés par l’IRB sur 4 ans qui permettront à la fédé argentine de faire rentrer ses meilleurs joueurs au bercail. Ni la quote-part des droits TV et marketing dont on ne connaîtra le montant qu’une fois le contrat TV (du Tri-Nations) renouvelé après 2011. Alors les clubs européens finiront par hurler au scandale ou par se désintéresser de ces joueurs argentins jamais disponibles à 100%, mais on n’ose y croire tant ils sont nombreux, de talent et si souvent de bon rapport qualité/prix.
Ou bien, comme elle fut à l’origine d’une première évolution d’envergure en 2007, l’Argentine pourrait déclencher ce que, secrètement, de nombreux progressistes espèrent depuis longtemps : une prise de conscience telle qu’on en vienne à harmoniser les calendriers entre les deux hémisphères. Et quoi, on peut toujours rêver. C’est vrai qu’il s’agirait là d’évoluer un grand coup, mais qui avait prédit la Coupe du monde (et son succès), un Tournoi à six nations, le professionnalisme, le Tri bientôt Four-Nations ?
*Felipe Contepomi et Mario Ledesma (2002 et 2003), Scelzo et Albacete (2003) prirent part à ces victoires.
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Commentaires ( 1 Comment )
ChatNoir a laissé un commentaire le 21 juin 2010 à 13:49 - Signaler un contenu inapproprié -L’idée de rapprocher les calendriers (et les formules quand on suit les différents articles) est intéressante et possède de sérieux avantages. Mais le poids des habitudes et les enjeux financiers risquent d’être autant de points de blocages.
Peut-être les internationaux argentins se dirigeront-ils plus vers les franchises de l’Hémisphère Sud que nos clubs Européens même si les places y sont chères. Peut-être à terme une ou deux franchises Sud Américaines dans un futur Super 17 ?
Mais il est vrai qu’un sérieux problème risque de se poser après la Coupe du Monde 2011 dont le résultat pourra peut-être faire évoluer les positions de chacun.








